Le lièvre et la tortue..

Fable que vous connaissez tous : cette année, nos vignes ont été une fois tortue puis lièvre, nous obligeant à puiser dans nos réserves, à chercher notre 2ème souffle..
Un peu de répit pour vous tenir au courant de nos vendanges qui ont commencé lundi 5 septembre et se sont finies mardi 13, soit très exactement… 7 jours !!

De l’intense, du dense, de l’épuisant, du beau, du rare et du qualitatif..

20160909_073747.jpg

Du jamais vu, de notre courte mémoire de vignerons, ce ne sont que nos 7èmes vendanges, mais aussi semble-t-il de mémoire plus longue d’amis vignerons.

Une drôle d’année, pendant laquelle les vignes ont joué à la tortue pour finir en lièvre, nous laissant épuisés, mais, malgré tout, heureux !
Tortue parce que les maturités ont tardé à venir, entre un printemps très pluvieux et un été d’une sécheresse, chaleur et longueur impressionnantes.
Lièvre parce qu’ensuite tout a mûri en même temps, nous obligeant à jongler entre les jours de vendanges et les jours de repos… vendanges !!

Nous venons de passer 7 jours de folie, nous levant à 4h30 pour être sur le « pont de notre bateau » à la fraiche, choisissant la veille pour le lendemain les parcelles à ramasser. Je n’ai jamais autant croquer de raisins pour me rendre compte des maturités.
Et je n’ai jamais eu autant de goûts de noisette, de fruits secs, en croquant les pépins.. !20160906_085317

Heureusement, nous avons eu une équipe de folie, des jeunes bosseurs avec qui nous avons pu ramasser 2 parcelles certains jours. Des warriors de l’épinette, de l’égrappoir et du tri 🙂
(NB : bien préciser aux vendangeurs qu’ils ne sont pas là pour aider (!) -dixit une qui nous a lâché en route..- mais pour travailler.)

Notre fidèle Kreyer a bossé au même rythme pour refroidir les jus de raisins ramassés par 36° parfois ! Il a fallu tenir le choc en cave aussi, avec toutes les cuves pleines en même temps, les délestages, remontages, débourbages et pigeages nécessaires pour donner le meilleur de notre récolte.

20160909_095629
Notre Syrah du haut

Heureusement, Jean était aussi en mode warrior, guerrier de la pompe et des manches, des drapeaux, des raisins, des rafles et …tout et tout !

Et au milieu de toute cette précipitation, rapidité et mûrissement à donf’, Monsieur Cinsault, lui, a pris son temps, bloquant sa maturité un moment, nous laissant un peu de marge pour le ramasser en dernier.. juste avant les pluies orageuses prévues et qu’il aurait difficilement pu supporter avec sa peau fragile, sa nudité (même plus de feuilles de vigne !).

20160912_073004
Notre Cinsault du bas

En terme de récolte, avec cette sécheresse, c’est presque 30% de moins, selon les cépages, comme chez beaucoup cette année..
Mais une belle qualité de raisins : sains, petits mais costauds, leurs jus sont concentrés sans extraction forte, joliment goûteux et prometteurs.

20160908_114633
Le juteux Cinsault
20160912_081920
Les beaux blancs

La pouponnière est pleine, à nous de bien faire grandir tous les petits, avec des surprises à venir.. !

 

Gédéon le pressoir..(il aurait pu s’appeler « Euro » !)

Mais avant tout, parlons peu et parlons raisins..
Il y a un moment que je ne vous ai pas parlé des vignes, tout simplement parce que j’y suis moins allée cette année. Une énorme fatigue, une sorte de « burn-in »..
En partie due à la fibromyalgie : elle m’a rappelé que je ne pouvais plus du tout avoir le même rythme que (Jean) tout un chacun. J’ai oublié de m’économiser, tout en ayant l’impression de le faire..

Trop de travail non stop, trop d’énergie dépensée tous azimuts..
Peut-être aussi trop de passion, bref trop de trop !!

Du coup, j’ai levé le pied, un peu, beaucoup, passionnément. Ça ne veut pas dire que je n’aime plus les vignes, au contraire ! Comme Jean est là et qu’il veille aux grains, j’en profite, tout en assurant toujours les parties commerciale, paperasse, dégustations, etc… Tranquille mimile. Je sais que quand je vais retourner dans cet endroit que j’aime tant, sous peu, j’y retrouverai bonheur et sérénité.

Pendant ce temps, la vigne pousse, pousse pousse et les raisins commencent petit à petit leur véraison. J’aime leur allure de bonbons, ces couleurs qui m’ont tant surprise quand je les ai vu pour la première fois (ben oui, je n’avais jamais réfléchi à la manière dont les raisins murissent).
20160802_092321

Les vendanges arrivent à grands pas !
Et avec elles le travail de cave. Nous avons constaté l’année dernière à quel point notre petit pressoir à cliquet devenait insuffisant par rapport à la nouvelle taille de notre (toujours) petit domaine.
Devant les prix des pressoirs pneumatiques et des nouvelles cuves, que nous ne pourrions acheter, je n’ai pas hésité : le nez à fond dans les papiers, j’ai fait une demande d’aide européenne : accordée !!
Alors oui, souvent je peste contre l’europe, contre son côté technocrate à deux balles qui nous étouffe sous tant de règlements et nous oblige à tant de paperasses et je continuerai à pester contre ses inepties.

Mais là, je souffle, et si nous pouvons changer notre outil de travail, gagner en temps et en praticité, c’est aussi à vous que nous le devons : au moins, nous savons où est allée une partie de vos/nos taxes !! Merci donc à vous aussi 🙂

Je vous le montre ? Il est beau comme un camion !

20160728_105259

Gédéon, ça lui va bien non ?

« De Chemins en Pistes »…

C’est le nom du Off (salon pour les professionnels) que j’ai le plaisir de partager avec des amis vignerons les 25 et 26 janvier. Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce qu’il se déroule dans une salle de l’hôtel de l’aéroport de Montpellier, à deux pas du Parc des expositions où se déroule Millésime Bio.

J’ai eu hier une jeune journaliste au téléphone qui voulait savoir le comment du pourquoi et je me suis dit « autant l’expliquer ici »..
C’est la 3ème année que nous organisons ce Off, Iris Rutz-Rudel et moi, la 1ère année que je me retrouve presque seule, Iris prenant sa retraite des vignes (mais restant toujours à mes côtés pour les conseils, questions-réponses, oublis que je pourrais avoir).

Notre volonté première, qui est restée la même, est de mettre tout en commun : les frais, la nourriture, les carnets d’adresses.
L’entrée est gratuite pour nos visiteurs et nous les invitons à partager le grignotage du lundi soir avec nous. C’est l’occasion de discuter en prenant le temps.
La seconde est d’accepter des vignerons sans étiquette, des labellisés (bios, Demeter, biodivin), des natures, des en conversion .. mais qui travaillent tous dans le même sens.

Partant du constat que nous ne voulons pas être simplement dans des petites cases, des classements bien alignés et sages, que nous en avons assez des comparaisons entre vignerons, des « il fait mieux parce qu’il fait comme ci ou comme ça », nous voulons juste faire connaitre nos vins.
Notre pensée est que la seule valeur qui prévaut est de préserver, (faire revenir, aider) la vie de la terre, le travail des vignes, les raisins, le travail en cave et le vin. Pas autre chose. Et le minimum pour ça est d’être en conversion.

Je me suis entendue dire  » mais tous les vignerons ne sont pas en bio, ils ne sont pas répertoriés à l’Agence bio »! Ben non, ils n’y sont pas tous puisque certains sont labellisés ailleurs et d’autres pas du tout.. « ça fait du tort aux vignerons qui paient leur labellisation » : je ne le pense pas, nous la payons, tous les ans depuis 6 ans, parce que c’est notre choix..
Je me dis que ce n’est pas en séparant les blancs des jaunes qu’on peut faire une bonne omelette..
Quand les gens de la vigne autour de nous se posent des questions parce que nos vignes sont exemptes de maladies et pas les leurs, nous nous disons que c’est l’amorce de quelque chose. Pour nous, nos vignes ont appris ou réappris, en n’étant plus perfusées par des traitements irréfléchis et surtout stérilisants toute vie dans la terre, à se défendre, à lutter contre certaines maladies. Elles retrouvent un équilibre qui fait partie d’un tout.
Donc, certains ne sont pas labellisés, mais ils sont cooptés par 2 autres vignerons qui savent comment ils travaillent. La confiance, c’est parfois bien..

Une autre des conditions pour participer, et presque la plus importante : que les vins soient droits.
Que chacun travaille comme il l’entend, en faisant du mieux qu’il peut (dans les limites indiquées plus haut, le respect de la terre), mais que le résultat soit là.

 

de-chemins-en-pistes

Parce qu’au final, outre la façon, la philosophie, la volonté du vigneron, le plus important reste quand même le plaisir que chacun peut avoir en buvant nos vins !!

Ps : on me sussure dans l’oreillette qu’un Off pendant Vinisud, en février, est aussi dans les tuyaux.. Stay tuned !

À vendanges spéciales, cuvée spéciale..

Et oui, cette année est la plus belle de nos années de vendanges.. Les vignes nous ont donné des raisins sains en quantité à peu près égale à l’année dernière, sans tri à faire au ramassage.. Des vendanges faciles en somme : couper le raisin, voir qu’il est sain et beau et le mettre dans sa caisse !

Les fermentations se passent bien, ça glougloute gentiment, rosé, blanc et rouges sont au diapason de cette belle vendange. Les jus sont beaux, les arômes bien présents et déjà on sent poindre un bel équilibre qui fait parler les raisins et les sols de Cabrières..
Si tout ce passe bien donc (ne jamais jamais vendre la peau de l’ours…etc..), les vins devraient être beaux eux aussi..
lever-du-soleil

Mais cette année est spécifiquement spéciale ( j’insiste bien là) aussi pour nous car, outre nos vignes et leurs fruits, nous avons aussi regardé pousser et grandir, s’arrondir et arriver à maturité, le ventre de notre si jolie belle fille ! Notre grand fils va donc être papa à son tour..

Comment ne pas faire de parallèle entre ces raisins, ces vignes et ces vins que nous choyons et élevons, regardons grandir et la beauté de ce ventre contenant tout l’amour du monde ?
Nous avons ri en parlant de véraison, de nouaison, pensant aux raisins et à notre petit-bébé à naitre.. mais surtout, ça nous donné la chance de connaitre une sensation nouvelle, d’enrichir notre année en émotions. Un bonheur plein, rond, ensoleillé, comme nos raisins.
Et savez-vous quoi ? Ça nous a fait réaliser aussi que, de la taille aux vendanges, il se passe 9 mois ! Un diapason qui a été pour nous un parallèle doux, chaud et émouvant..

En plus, « la petite » a attendu la nuit dernière, soit une semaine après la fin de nos vendanges pour pointer le bout de son joli nez, elle est parfaite !! La 8ème merveille du monde, en mieux !

main-tite-marie

Nous aurons donc cette année une cuvée d’exception pour notre Pic de Vissou : le  « Pic de Vissou de la Petite »

PS : selon la formule consacrée, les parents vont bien et les papys et mamies sont aux anges ! 🙂

Du pêle et du mêle, de la vigne aux bouteilles..

Il n’y a rien à faire, je me fais toujours doubler par le temps.. Et pourtant, il s’en passe des choses dans notre petit domaine et autour !

– Nous avons réalisé les assemblages (du coup Jean a réagencé la cave) et choisi la date de notre mise en bouteilles : le 9 mars.
Pour connaitre nos prochaines différentes cuvées, c’est ici..

20150115_153238  20150116_144111

– Jean a fini la pré-taille et la taille est bientôt finie aussi.

– Iris (mon amie vigneronne) et moi avons, aidées de Morgane, communicante zélée qui nous fait le plaisir de travailler pour notre petit salon, réitéré le » Off » comme l’année dernière pendant Millésime Bio. « De chemins en Pistes » a été un franc succès tant pour l’ambiance que pour la qualité des vins (dixit les vignerons et les visiteurs). 40 vignerons ont fait le déplacement !
1794577_379504642213585_1692448489919861785_n Ce salon me tient à coeur car il est fondé sur le  partage : chaque vigneron a amené quelque chose à manger que nous avons partagé avec nos invités. Chacun a invité ses clients et prospects et tout ça dans une ambiance simple. Il me tient à coeur aussi car, contrairement à ce que j’ai pu entendre, ce n’est pas un salon de vins natures. Je le souhaite comme une ouverture, un salon de non clivage, le minimum étant de suivre une ligne directrice respectueuse de son environnement, de ses sols, de l’espace dans lequel nous travaillons. Il y avait donc des gens certifiés bio, des biodynamistes, des demeter, des en conversion et des nature. Mais quelque soit la chapelle, les vins étaient du même niveau de droiture et de gouleyance. Ils étaient « loyaux et marchands », comme nous y oblige la loi et comme ils nous plaisent surtout !

– Je viens de finir de relooker nos étiquettes, notamment celles de nos Atout Pic, puisque cette année nous avons un Atout Pic blanc (100% clairette) qui vient en complément de notre « petit gourmand ». Les voici en avant-première !!
Ils sont maintenant complètement intégrés à notre gamme ( je vous rassure, elles sont bien moins flashies en réalité !! Ce sont les mystères des conversions d’un logiciel à l’autre..) .

Atout pic14-new3   Atout pic14-new-blanc-degra-vert2

– Et l’étiquette de notre première cartagène..
Vous ne connaissez pas ce vin liquoreux ? Il fait partie des traditions du languedoc. Chaque viticulteur, vigneron, gardait une petite partie de parcelle et ramassait tardivement les raisins. Après les avoir pressé, ils rajoutaient un peu d’alcool pour stopper la fermentation. Les raisins gardent donc leur sucre. Elle peut donc se faire avec différents cépages et se boit en apéritif..

Cartagene-dentelle-rouge-final

Et la « routourne tourne »..

Titre emprunté à un footballeur qui a fait rire (ou se désoler) tant de personnes ,  lui qui espérait que la « routourne va vite tourner » !!

20140729_151834Nous allons arriver à notre 5ème campagne, nos 5èmes vendanges.. Incroyable comme ça file vite ! Cette semaine a été l’occasion pour nous de nous en rendre un peu plus compte en recevant au domaine des amoureux de la région et de ses vins et qui se posent beaucoup de questions quant à créer, eux aussi, un petit domaine..

Et nous voilà repartis 5 ans en arrière, quand nous aussi nous allions à la rencontre de vignerons. Etrange de se remémorer tant de chemin parcouru, en si peu de temps (dans notre tête !) et d’être à la place de ceux à qui nous posions tant de questions..
Etrange et réconfortant de pouvoir, à notre tour, leur dire « posez toutes les questions que vous voulez, il vaut mieux les poser avant qu’après.. » ! Même si, nous le savons bien maintenant, les questions sont comme un puits sans fond..

Nous nous sommes rappelés comme l’accueil attentionné de ces vignerons, pour lesquels nous n’étions rien (certains n’avaient même pas de parcelles à vendre), nous avait étonné et agréablement surpris. Mais, en changeant de rôle, nous savons maintenant que c’est innérant à ce métier, le partage n’est pas un vain mot, tout simplement.

Ce métier a tellement de facettes, une vraie part de rêve aussi, qu’il nous appartient de le montrer tel qu’il est, avec ses bonheurs et ses réalités parfois dures, sans faux semblant. Ne pas en faire une chimère, mais une possibilité de plaisir, d’accomplissement, y compris dans ses difficultés.
Parce que, au final, ces difficultés ne font que plus réaliser à quel point la liberté qu’il donne n’a d’égale que le travail effectué..
Je m’explique : pour être vigneron(ne), il faut avant tout penser « global », c’est à dire travail des vignes, de la cave, la paperasse et surtout, surtout, la commercialisation. Si ce dernier point n’est pas pris en compte, l’aventure ne durera pas..
20140729_153747 Comme dans tout métier, vendre permet d’investir, d’avancer, de faire des choix. Ce n’est pas si évident que ça en à l’air..
Pas parce que c’est difficile, non, même si ça prend beaucoup d’énergie et de temps, mais surtout parce que dans les vignes, on est diablement bien ! Parce que les vignes vous transportent dans un monde parallèle où le temps n’est plus le même, où vous êtes vous face à… vous.
Cette notion là est difficile à expliquer et à appréhender, la vigne a tellement de côtés positifs ! Mais elle est aussi un vecteur de désocialisation. Vous lui donnez toute votre énergie, du coup il en reste peu pour les soirées, les amis, la famille aussi parfois !

Il est important de lever le nez des souches et regarder l’horizon, allez à la rencontre des gens, les inciter à venir au domaine aussi. Ce qui se fait, pour notre part, avec un réel bonheur !

Leur dernière question a été  » Alors vous ne nous dites pas non ??  »
Ben non, on ne dit pas non, une fois que l’on prend la mesure des risques financiers (comment faire une petite fortune dans le vin ? ————–> avec une grande fortune !), la mesure de sa motivation, la mesure aussi de l’équilibre entre le plaisir et les em..dements, on ne peut que dire oui, allez-y, foncez !!
Mais pas tête baissée… !
20140729_101946

Nous, notre marronnier, il est dans les vignes !

Un sujet « marronnier », en jargon journalistique, c’est un sujet récurrent, qui ressort chaque année à la même période.. Dans peu de temps, vous allez voir fleurir les régimes minceurs avant la plage.. Nous, ce sont nos vignes qui vont fleurir ! Et donc, notre sujet marronnier du moment, c’est l’ébourgeonnage..

20140424_142703Nous y sommes en plein.. Ebourgeonnage du plantier fini en 3 jours ! Je bats20140502_152203 mes propres records.. Et encore, je pense que le matériel pourrait être amélioré. Du coup, je vais tester un nouveau « truc » auquel j’ai pensé hier, après m’être retourné un ongle de pouce de moitié.
Quand on se fait mal, ça fait réfléchir et du coup, je me suis rappelée d’un truc de guitariste que j’avais vu dans une vidéo. Direction le magasin d’instruments de musique à côté de la maison et hop ! Je teste demain et vous dis..

Petit chariot a repris sa place auprès de moi, tel un fidèle aide. Il m’évite le mal au dos, aux genous, bref il m’est 20130529_154650devenu indispensable !
Il a été révisé, revisité pour le rendre encore plus pratique et solide. Une merveille..
Pour nous, vient le temps aussi de l’angoisse qui pointe son nez avec le vent.. Les fils qui maintiennent les vignes sont maintenant baissés et nous attendons la bonne longueur des jeunes pousses pour les relever. Mais le vent n’est pas notre allié, l’année dernière nous avions eu beaucoup de casse, ce qui signifie des raisins en moins..
Et puis, quand vous arrivez dans les vignes et voyez toutes ces belles branches par terre, ça fait très mal.. Je pense que ceux qui ont des aléas climatiques comme la grèle ou le gel peuvent comprendre.. Ici, c’est le vent notre ennemi. Pour le moment !

Car il est aussi notre allié. Lorsque les branches sont assez hautes pour être mises à l’abri des fils, le vent permet de sécher directement les vignes après la pluie. Du coup, les maladies sont plus facilement contenues..

20140501_123316Pendant que j’avance dans l’ébourgeonnage et avant de le faire avec moi, Jean pioche pour déraciner les plus grosses touffes d’herbes et autres liserons qui s’enroulent autour des pieds ou leur font une concurrence directe. Il prend aussi soin des petits plants replantés en avril pour remplacer les quelques morts du plantier, comme Jean de Florette, en version plus moderne..

Enfin, lui me dit qu’il pense plus au Senhor Oliveira Da Figueira, ce personnage de Tintin qui arrive à vendre une cage, des skis et un vrai bric-à-brac à ce dernier alors qu’il est sur un bateau..
Il a fière allure, non ? Lui me dit qu’il ne ressemble à rien sur cette photo, mais j’avoue qu’elle m’amuse beaucoup.. et lui aussi en fait – dans le style « jamais je pensais qu’un jour je ferai ça ! »

Bref, multi-facettes et multi-activités que ce métier, qui nous fait chercher toujours la dernière débrouillardise pour nous faciliter la vie sans vider le porte-monnaie..

Et en attendant, les fleurs ne vont pas tarder à s’ouvrir.. La saison a décidément vraiment commencé et tout va vite, comme chaque année !

20140501_170233

De Paris à…chuuuuut… ça pousse !!

Ou « vigneronne des villes, vigneronne des vignes  » c’est aussi ça le bonheur de ce métier : avoir de multiples facettes, ce qui évite ennui et lassitude ! J’ai donc passé une semaine à Paris, filant de rendez-vous en rendez-vous, animant une dégustation chez Philippe, caviste « Au Lieu du vin » à côté du Père Lachaise..

J’aime ces moments, après la mise, où je présente nos vins à nos partenaires, partenaires potentiels.. et à leurs clients. J’aime voir leur tête changer de « ah, vous êtes dans le Languedoc » (comprenez : » vos vins sont forcément puissants ») à « Ah oui mais non.. ils sont fins, avec de jolis épices et laissent une belle fraicheur ! » Ceci surtout pour les clients non spécialistes, mais pas que. Notre petite appellation de Languedoc-Cabrières sait se faire aimer des professionnels, qu’elle surprend parfois aussi..

Après le Jardin des S20140409_165347ens à Montpellier, où Bouteilles à la mer 2011 est restée le temps de l’automne sur un menu agneau et truffe, c’est au tour de notre Pic de Vissou de se distinguer en étant à la carte permanente du Laurent sur les Champs Élysées.

Il l’est déjà depuis quelques semaines, mais je n’avais pas eu le plaisir de rencontrer l’équipe des sommeliers et Mr Bourguignon, pour leur faire déguster nos différentes cuvées. Ce fut un plaisir, on a toujours à apprendre de chacun !
J’ai aussi eu le plaisir de faire déguster nos petits aux sommeliers du restaurant Lasserre, dont Antoine Pétrus, (MOF sommelier en 2011) dont la rapidité de dégustation est impressionnante.
Pas mal de restaurateurs, cavistes devraient s’inspirer de leur simplicité et humanité,  ce sont des personnes qui ont une vraie considération pour le métier de vigneron.

Bref, j’en ai fait des kilomètres à pieds ! De chez Arthur « à l’ombre d’un bouchon » chez qui nos vins sont depuis plus d’un an maintenant, à Serge de « Mi-fugue, mi-raisin » en passant par Nathalie et Olivier dont l’épicerie fine « Agrology« contient des merveilles de gourmandise, je me suis vraiment régalée à faire connaitre nos vins à tous ces passionnés. En rencontrant Céline et Pierre des « Bricoles« , restaurant si sympathique ayant une âme, un coeur énorme ! Et encore plein d’autres dont Pierre, au « Petit sommelier » autre dégustateur hors pair, Marie-Christine dont l’arrière grand-père a créé la cave au décor authentique. De vrais personnages !

20140412_125434Et lorsque je rentre, je languis de faire un tour dans les vignes, voir leurs changements, si nombreux en cette saison.. Ça pousse, gaiement, joliment, tendrement.. Les pousses sont si fragiles !
Quand le printemps arrive, c’est vraiment une nouvelle année qui commence, avec ses peurs et ses bonheurs..
Chuuuut… les bébés raisins sont déjà là !

20140412_125904Dans le « on ne nous avait pas tout dit » (livre que nous nous étions promis d’écrire quand nous avons commencé notre reconversion), cette année nous pouvons rajouter le chapitre « porquets » apparemment des petites chenilles dont on ne peut se débarrasser qu’en les ramassant la nuit venue et qui se régalent des tendres pousses de notre plantier..
Et elles sont voraces..

Mais sinon, tout va bien on peut presque entendre pousser les bourgeons et ce calme après la tempête bruyante de Paris est… comment dire ? Ressourçant, réconfortant, calmant. Ça vous ancre les deux pieds dans la terre 🙂20140412_125305

Le vin du futur, Ange ou démon ?

Telle est la question posée, en version raccourcie,  pour ces #VdV 64, présidé par Doc Adn. La version longue est visible là.. Je crois que j’y répondrai par une autre question : pourquoi retrouve-t’on si souvent dans le petit monde du vin une vision si manichéenne ?

photographie-noir-blanc-architecture-ville-paysage-urbain-illustration-14
En toute chose il y a du bon et du moins bon, mais avec plein de nuances entre les deux, comme un arc-en-ciel. D’ailleurs le blanc n’est-il pas la réfraction de toutes les couleurs et le noir leur absorption ? Ce ne sont donc pas des couleurs en soi..

Je n’aime pas vraiment les visions manichéennes, si définitives, sures d’elles.. Pas de place pour le doute, pour les questions, pour les discussions constructives, pour les échanges au final !

Pour nous, le vin se fait avec de la passion, du temps, de la réflexion, du travail, de la modestie et beaucoup de conviction. On met dans son vin beaucoup de soi, inconsciemment ou pas. Un des plus jolis compliments que j’ai eu, enfin, celui qui m’a le plus touché est  » Tes vins sont aussi gais que toi ! »

coeur-schiste-de-presNous avons un terroir superbe à Cabrières, avec des schistes gréseux datant de Mathusalem (au moins, si ce n’est plus !). Cette terre donne des vins avec une belle fraicheur, un côté mentholé pour certains et une magnifique minéralité, presque salinité pour d’autres. C’est elle qui donne le là, elle qui fait chanter les raisins.. Mais c’est nous qui décidons de faire un tri si minutieux qu’aucun morceau de rafle ne rentre dans les cuves, tel que je l’ai senti  dès le début, sans savoir pourquoi..
Nous qui soignons la vigne, enlevons les bras morts, faisant « souche-nette » à chaque moment de taille. Nous aussi qui choisissons le nombre de traitements à minima chaque année. Et tout ça n’a rien de manichéen !

Je suis convaincue que chaque vigneron, qu’il soit en bio, bio-dynamie, en lutte raisonnée ou pas, fait ce qui lui semble le mieux.. Je parle ici des artisans du vin. Et c’est comme ça depuis très longtemps et ça continuera sans doute comme ça.

Lache-moi-la-grappeQu’on utilise un tracteur, un cheval, des plantes ou du soufre et cuivre, ce n’est qu’un éternel recommencement.. Voir que des chevaux dans les vignes sont perçus comme le dernier des progrès est quelque peu..décalé, mais tellement beau et écologique. Un retour en arrière en quelque sorte..
Les anciens qui ont vu arriver les tracteurs dans les vignes ont sans doute été soulagés à leur époque. Tout comme ils l’ont malheureusement probablement été quand les pesticides et autres désherbants sont arrivés..

Il y a des choses à changer, pour la terre, sa vie, son érosion, mais chacun a son propre rythme. Et je le respecte. Personne n’a la science infuse, ni les vignerons, ni les dégustateurs, ni les cavistes, ni les sommeliers, ni les blogueurs..

Les façons de faire changeront probablement ou peut-être pas..  Mais je pense que si, la génotique, les soins par les plantes, la symbiose des plantes et de la vigne sont des pistes à suivre..
Quand les raisins sont tirés, il faut les boire et ça, il n’y a pas de raison que cela change !

Bref, pour moi, Il n’y a pas un vin du futur, mais des vins !! Et ils ne seront ni moins bons, ni meilleurs, ils seront au goût de ceux à qui ils feront plaisir et c’est bien ça qui compte au final, non ?

#VdV 63 : Eloge de la patience, la valse à deux temps..

-« Dis papa, on est bientôt arrivé ? hein, dis on est bientôt arrivé ? »
– « On n’a jamais été aussi près »  Aussi près devenant cyprès, donnant « quel arbre vois-tu ? » ..etc, par associations d’idées, le papa emmène loin de l’impatience son enfant.. Ce papa-là est vigneron alors la patience, il en connait un bout !

Notre présidente des 63ème Vendredi du Vin , Maïlys, nous propose comme sujet la patience.. Alors je vais vous dire : avant, j’étais patiente, mais ça, c’était avant ! Parce que maintenant, je suis patiente, vraiment patiente..

DSC_0344Parce qu’il y a le temps, celui de tout le monde, celui qui file vite, qui fait que tous les deux jours on est dimanche. Et il y a le temps des vignes. Celui qui bat au rythme des pieds de vignes, au rythme de ce que l’on peut faire en un temps manuel..
Un temps où les mains sont les aiguilles de cette horloge.

Penchée sur les pieds de vigne, le sécateur électrique main droite, main gauche dans le dos (un ami a vu son index diminuer d’une demie phalange il y a 3 semaines), musique en marche, je chante. Faux mais je chante ! Pas de voisin à qui je casse les oreilles, je peux m’en donner à coeur joie !
Après une heure à écouter les bruits de la nature, je profite de ma solitude, pleine, entière, sereine, au rythme de la taille, un courson après l’autre. J’avance, tout en laissant vagabonder mon esprit ou en chantant. 4 secondes par pied, 6 maximum, ça parait rapide dit comme ça. Mais le temps de la vigne, c’est rangée après rangée, parcelle après parcelle..
Ce temps-là, où nous faisons tout à la main, est un temps dur pour le corps mais un temps de bonheur pour la tête. Entre terre et ciel, libre, tout simplement !
La patience ouvre sur cette liberté-là..

Dans ce métier, il y a aussi la patience d’après vigne, la patience du vin. Cette patience-là, c’est la même que celle d’un parent attentifIMG_1802 à ses enfants.
Une fois que le raisin devient jus, commence pour lui une autre vie : embryon de vin, bébévin puis adovin pour finir aduvin puis pépévin et parfois même aïeuvin !!

Ces passages d’un âge à l’autre, nous les accompagnons en douceur, un pigeage par-ci, un remontage par là.. Il fait froid ? Voilà que la syrah nous fait de l’apnée juvénile ! La pression atmosphérique change ? Voilà que le cinsault boude..
Et que dire de leurs changements une fois en bouteille.. Nous patientons souvent avant de vous les présenter. Et chaque année l’on se dit que les salons sont trop tôt. Que nos vins ne sont pas prêts pour les demandes d’échantillons pour les guides et autres présentations officielles, tout jeunots qu’ils sont ! Souvent nous patientons, parfois un an ou deux avant de vous les confier..

Car tout comme les enfants, ils quittent le nid et vivent leurs propres vies, et là, c’est à vous de prendre la suite..
À vous d’être patients, de vous dire qu’un vin peut être mal réveillé, mal luné parfois. À vous de lui donner confiance en le mettant dans de bonnes conditions, à bonne température, de lui laisser le temps de s’ouvrir. Il vous en sera reconnaissant en donnant le meilleur de lui-même, en s’ouvrant de minute en minute, d’heure en heure. Et, si vous êtes seul à vous en régaler, il vous attendra chaque jour*, patiemment !
*et ce pendant 6 jours au moins