Le vin du futur, Ange ou démon ?

Telle est la question posée, en version raccourcie,  pour ces #VdV 64, présidé par Doc Adn. La version longue est visible là.. Je crois que j’y répondrai par une autre question : pourquoi retrouve-t’on si souvent dans le petit monde du vin une vision si manichéenne ?

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En toute chose il y a du bon et du moins bon, mais avec plein de nuances entre les deux, comme un arc-en-ciel. D’ailleurs le blanc n’est-il pas la réfraction de toutes les couleurs et le noir leur absorption ? Ce ne sont donc pas des couleurs en soi..

Je n’aime pas vraiment les visions manichéennes, si définitives, sures d’elles.. Pas de place pour le doute, pour les questions, pour les discussions constructives, pour les échanges au final !

Pour nous, le vin se fait avec de la passion, du temps, de la réflexion, du travail, de la modestie et beaucoup de conviction. On met dans son vin beaucoup de soi, inconsciemment ou pas. Un des plus jolis compliments que j’ai eu, enfin, celui qui m’a le plus touché est  » Tes vins sont aussi gais que toi ! »

coeur-schiste-de-presNous avons un terroir superbe à Cabrières, avec des schistes gréseux datant de Mathusalem (au moins, si ce n’est plus !). Cette terre donne des vins avec une belle fraicheur, un côté mentholé pour certains et une magnifique minéralité, presque salinité pour d’autres. C’est elle qui donne le là, elle qui fait chanter les raisins.. Mais c’est nous qui décidons de faire un tri si minutieux qu’aucun morceau de rafle ne rentre dans les cuves, tel que je l’ai senti  dès le début, sans savoir pourquoi..
Nous qui soignons la vigne, enlevons les bras morts, faisant « souche-nette » à chaque moment de taille. Nous aussi qui choisissons le nombre de traitements à minima chaque année. Et tout ça n’a rien de manichéen !

Je suis convaincue que chaque vigneron, qu’il soit en bio, bio-dynamie, en lutte raisonnée ou pas, fait ce qui lui semble le mieux.. Je parle ici des artisans du vin. Et c’est comme ça depuis très longtemps et ça continuera sans doute comme ça.

Lache-moi-la-grappeQu’on utilise un tracteur, un cheval, des plantes ou du soufre et cuivre, ce n’est qu’un éternel recommencement.. Voir que des chevaux dans les vignes sont perçus comme le dernier des progrès est quelque peu..décalé, mais tellement beau et écologique. Un retour en arrière en quelque sorte..
Les anciens qui ont vu arriver les tracteurs dans les vignes ont sans doute été soulagés à leur époque. Tout comme ils l’ont malheureusement probablement été quand les pesticides et autres désherbants sont arrivés..

Il y a des choses à changer, pour la terre, sa vie, son érosion, mais chacun a son propre rythme. Et je le respecte. Personne n’a la science infuse, ni les vignerons, ni les dégustateurs, ni les cavistes, ni les sommeliers, ni les blogueurs..

Les façons de faire changeront probablement ou peut-être pas..  Mais je pense que si, la génotique, les soins par les plantes, la symbiose des plantes et de la vigne sont des pistes à suivre..
Quand les raisins sont tirés, il faut les boire et ça, il n’y a pas de raison que cela change !

Bref, pour moi, Il n’y a pas un vin du futur, mais des vins !! Et ils ne seront ni moins bons, ni meilleurs, ils seront au goût de ceux à qui ils feront plaisir et c’est bien ça qui compte au final, non ?

La(e) vigneron(ne), c’est comme une bonne à tout faire..sans être péjoratif..

Ou un truc multi-tout… Enfin, comment dire, ça doit savoir passer de la vigne au bureau, à la commercialisation..
Entre DSA, DAE, DEB, Pac, ECOCERT, AOC, DRM, entre Inao, Aoc, Syndicat des AOC, syndicat des vignerons, transporteurs, factures, douanes, Agence Bio, distillerie, marcs, lies,  j’en passe et des meilleur(e)s, il ne faut oublier personne et tout faire en temps et en heures..

Donc, au finVéroal, quand on est dans les vignes, même si le travail est difficile, c’est presque du repos ! L’esprit se laisse aller, vagabonde de souche en souche, de feuille en feuille, de taille en ébourgeonnage en vendanges..
J’adore ces moments-là, surtout lorsque Jean est avec moi.. D’une parcelle à l’autre, nous savons que nous vivons un moment unique et en même temps en communion. Nous travaillons souvent dans des parcelles différentes, surtout parce que nous ne faisons pas les mêmes choses. C’est toujours amusant de constater que chacun a ses propres pensées qui s’évadent, mais quand nous nous retrouvons pour manger, nous avons souvent les même réflexions qui viennent ou sont venues..

Nous avons une particularité, nous n’habitons pas près de nos vignes, il nous faut une heure de route pour y aller et pareil pour revenir (logique !! ). Et cette heure-là, pour lui comme pour moi, est nécessaire.. C’est l’endroit du temps où l’on récapitule ce que l’on a fait, ce que l’on doit faire.. C’est dans ce temps-là que, bien souvent, la liste des « to do » s’allonge.. Pour en avoir parlé, nous savons que nous ressentons la même chose, vivre près des vignes, ce serait ne plus penser qu’à ça, se sentir enfermé.
Les vignes, enfin ce métier de vigneron, de par sa complexité, sa richesse aussi, « asocialise » facilement.. La fatigue, le temps qui file vite, nous rend moins disponibles pour les amis, la famille.. C’est sans doute pour ça que j’aime autant recevoir dans nos vignes !!

D’ailleurs si d’aventure vous passez dans le midi et que l’envie vous prend de venir, n’hésitez surtout pas, ce sera toujours un plaisir et c’est simple comme un coup de fil !! Vous faites le 06-74-14-88-91, en prévoyant quelques jours de battement, on prend rendez-vous et voila !!

Une aventure de deux ans et demi..

Et oui, j’ai envie de dire déja deux ans et demi que nous avons franchi le pas !!
Nous avons commencé a envisager l’hypothese d’acheter des vignes en mai 2009, en avons visité plusieurs en mai et juin, et avons eu notre coup de coeur en juin.. Tout a été tres vite, et depuis tout va toujours tres vite !!

Cette notion de temps est un aspect sur lequel je reviendrai car tellement paradoxale.. Il y a le temps de de la vie nornale, je veux dire « hors vigne », celui-ci est pressé toujours, il file comme le vent ! Et dans ce même temps, il y a le rythme de la vigne, des saisons qui est plus calme en apparence, mais tout aussi rapide dans le travail a faire..

Cet enchainement de rythme, je vais essayer de vous le faire partager, celui de maintenant, et celui depuis le début de notre aventure..